Au cours de ce congrès, qui s'est tenu à Gènes du 8-11 novembre 2007, ont été présentés le bilan des avancées de la Recherche sur les syndromes d'hypoventilations d'origine centrale. Les progrès sur la prise en charge ont été également abordés. Une journée a été consacrée aux familles de patients.

Le programme était:
- PHOX2B et le développement du systeme nerveux autonome
- Physiologie et pathologie des fonctions autonomes
- Aspects cliniques
- Avancées dans le diagnostic
- Les mutations de PHOX2B impliquées dans le CCHS
- Les expansions polyalanine dans les maladies humaines et les indications thérapeutiques
- Les soins des patients atteints
- Session réservée aux familles

Physiopathologie, prise en charge et devenir


Programme

Premier Jour :

Session du matin...

- L'HVACC une pathologie orpheline. C. Gaultier

- L'HVACC une pathologie de systèmes. H. Trang

- Physiopathologie du contrôle cardiorespiratoire dans l'HVACC. D. Gozal

- Organisation fonctionnelle du contrôle cardiorespiratoire. R. Harper

- Les sensations respiratoires dans l'HVACC. C. Spengler

- Evaluation neuropsychologique. C. Bosson et C. Ojardias

 

Session de l'après-midi...

- Différenciation et migration des cellules de crêtes neurales. M. Simonneau

- Modèles animaux de pathologies du contrôle respiratoire. S. Dauger

- Génetique des pathologies de la crête neurale. S. Lyonnet

- Anomalies du système nerveux autonome dans les familles d'HVACC. D. Weese-Mayer

- Table ronde. Conseil génétique avec D. Weese-Mayer, S. Lyonnet, D. Gozal

 

Second jour :

Session du matin...
- Recommandations générales de prise en charge. F. Beaufils

- Ventilation par masque nasal. T. Keens

- Stimulation phrénique. D. Weese-Mayer

- Surveillance à la maison. M. Vanderlaan

- Table ronde : prise en charge du syndrome d'Ondine avec D. Gozal, H. Trang, M. Villa, T. Keens, M. Dehan, D. Gouriou (AFSO), M. Vanderlaan (North American Association).

Hypoventilation Alvéolaire Centrale Congénitale : une pathologie de systèmes.

Ha TRANG, Service de Physiologie, INSERM E9935, Hôpital Robert Debré, Université Paris VII, Paris, France.

 

L'hypoventilation Alvéolaire Centrale Congénitale (HVACC) est une maladie rare caractérisée par un déficit du contrôle central de la ventilation. Cependant, un nombre croissant d'études physiopathologiques et génétiques plaide en faveur de l'hypothèse selon laquelle l'HVACC pourrait être en rapport avec un développement anormal des crêtes neurales et qu'un dysfonctionnement du Système Nerveux Autonome (SNA) est présent dans la maladie.


Les manifestions cliniques extra-respiratoires les plus fréquemment observées dans l'HVACC pourraient impliquer les sytèmes cardiovasculaire, digestif, oculaire et endocrinien. Les patients HVACC ont une réduction de la variabilité du rythme cardiaque (1). Comparés aux contrôles, ils présentent plus d'épisodes d'arythmies cardiaques, soit bradycardies sinusales ou pauses sinusales (2). Environ 20% de patients HVACC ont également une maladie de Hirschsprung, une neurocristopathie due à une absence d'innervation intrinsèque au niveau du colon (3). Un dysfonctionnement de la motricité oesophagienne a été mis en évidence chez des patients HVACC (4). L'atteinte oculaire consiste essentiellement en des troubles de l'oculomotricité (5), touchant à la fois l'oculomotricité intrinsèque et extrinsèque (6). L'association HVACC, maladie de Hirschsprung et tumeurs des crêtes neurales a été rapportée chez 9 patients (7).


L'HVACC peut être considérée comme une pathologie de systèmes, avec atteinte respiratoire prédominante et majeure. Il est impératif que le suivi des patients HVACC soit assuré par une équipe multidisciplinaire et coordonné par des centres de référence experts en HVACC, pour une détection précoce et une prise en charge adaptée des différents troubles fonctionnels.

 

Réferences . (1) Woo MS et al, Pediatr Res 1992; 31: 291-296; (2) Silvestri JM et al, Pediatr Pulmonol 2000; 29: 351-358; (3) Croaker GDH et al, Arch Dis Child 1998; 778:316-322; (4) Faure C et al, Gastroenterology (in press); (5) Goldberg DS et al, J Pediatr Ophthalmolol Strabismus 1996; 33: 176-181; (6) Bremond-Gignac D et al, 2nd symposium on CCHS, 2002; (7) Rohrer T et al, Pediatr Pulmonol 2002 ; 33 :71-76.

Contrat de Recherche INSERM-CIC-Hôpitaux.

Evaluation neuro-psychologique, Catherine Bosson et Claire Ojardias.

Service de Psychopathologie, Hôpital Robert Debré, Paris, France.

 

Deux études antérieures effectuées en 1991 et 1992 ont évalué les aspects cognitifs des enfants atteints d'Hypoventilation Alvéolaire Centrale Congénitale (HVACC) (1-2).

Nous rapportons notre évaluation chez 13 patients HVACC, répartis en 2 groupes d'âge : 6 petits enfants de 1.5 à 5.9 ans (âge médian 3.7 ans) et 7 adolescents entre 11 et 18 ans (âge médian 14.5 ans). L'évaluation a porté sur le développement intellectuel et les fonctions cognitives pour tous les patients, et plus spécifiquement sur les capacités attentionnelles et mnésiques chez les adolescents. Les résultats montrent des capacités intellectuelles, et linguistiques dans les limites de la normale, une diminution de la mémoire d'apprentissage à court terme dans la journée, et des capacités d'attention visuelle maintenues. Il n'est pas retrouvé d'anxiété de performance. L'intégration familiale et sociale est satisfaisante pour la plupart des enfants.

Ces résultats témoignent d'une adaptation de bonne qualité des enfants atteints d'HVACC malgré la sévérité de la maladie, et la lourdeur de la prise en charge.

(1) Marcus C et al, J Pediatr 1991 (2) Silvestri JM et al, J Pediatr 1992.

Modèles animaux de pathologies du contrôle respiratoire.

Stéphane DAUGER, Pédiatrie-Réanimation et Laboratoire de Neurologie et Physiologie du Développement - INSERM E9935 - Hôpital Robert-Debré, Paris, France.

 

Les mécanismes moléculaires et génétiques du développement du contrôle respiratoire demeurent mal connus. Les physiologistes ont initialement étudié le contrôle respiratoire chez le chat, le chien et le rat. C'est actuellement la souris qui est le mammifère de prédilection des généticiens. Avec un développement neuronal proche de celui du nouveau-né humain, la souris permet d'étudier des lignées de fond génétique homogène, mais aussi d'analyser les conséquences physiologiques de manipulations génétiques. Ainsi, depuis le milieu des années 90, les techniques de transgénèse ont permis l'exploration du contrôle respiratoire de souris présentant une perte de fonction de gènes homéo-boîtes ( Krox-20 , Tst-1/Oct-6/SCIP , Rnx ), de gènes codant des facteurs diffusibles ( PDGF , BDNF ) ou des protéines impliquées dans la neurotransmission (MAO, NOS, NR-1, DR-1). Concernant le Syndrome d'Hypoventilation Alvéolaire Centrale Congénitale (SHACC), nous nous sommes plus particulièrement intéressés aux facteurs génétiques du développement des cellules de la crête neurale. La mise au point d'une technique de pléthysmographie nous permet désormais d'étudier de façon totalement non invasive la ventilation de base et les réponses ventilatoires à l'hypoxie et à l'hypercapnie des souriceaux dès les premières minutes de vie. Après avoir démontré le rôle de l' Endothelin Converting Enzyme-1 dans la réponse à l'hypoxie, nous avons étudié les mécanismes moléculaires du tronc cérébral rendant compte du défaut d'adaptation à la vie extra-utérine et des anomalies de la ventilation de base des souriceaux transgéniques mash-1 , un facteur de transcription modulant le développement embryonnaire des cellules de la crête neurale. Nous étudions actuellement l'évolution de ces anomalies durant les deux premiers jours de vie, correspondant aux premières semaines de vie du bébé humain, mais aussi le rôle du fond génétique qui devrait nous permettre de mettre en évidence des gènes modificateurs pouvant expliquer la variabilité inter-individuelle de ces anomalies. Tenant compte de ces résultats, des mutations de l'équivalent humain de mash-1 , le gène h-ash-1 , ont été mises en évidence chez trois enfants atteints de SHACC. Malgré les nombreuses limites inhérentes aux modèles animaux, la génétique inverse qui consiste à valider chez l'animal une hypothèse concernant le rôle d'un gène avant d'en rechercher des mutations chez l'homme devrait permettre de préciser les mécanismes du développement du contrôle respiratoire. On peut ainsi espérer mieux comprendre le rôle des facteurs génétiques dans la survenue du SHACC mais aussi d'autres pathologies du contrôle respiratoire comme les apnées du prématuré.