Témoignage de Laurence, maman Ondine

Publié vendredi juin 14, 2019 par Philippe Imoucha


Laurence et sa famille

Avant de vous partager quelques scènes du quotidien d’une maman Ondine, je voudrais d’abord rendre hommage à mes parents sans lesquels il m’aurait été impossible d’être accueillie, éduquée, aimée comme mes frères et sœurs et en même temps, de manière particulière, en apprivoisant cette inconnue qu’a longtemps été le Syndrôme d’Ondine. Si aujourd’hui je peux fonder une famille avec Laurent c’est aussi parcequ’ils ont su me transmettre la saveur de la vie de famille !

Ensuite, pour celles d’entres nous qui sommes jeunes adultes, nous avons toutes eu à nous poser la question de “comment se dire ?“, “comment se dévoiler de manière à pouvoir développer des relations affectives?“. En clair,“est-ce possible que je sois désirable alors que je suis trachéotomisée ou que j’ai cet handicap?“ Cette étape a été la plus longue car il m’a fallu comprendre que je n’était pas définie que par mon handicap mais aussi par mes valeurs et la qualité de ma vie. Je n’étais pas réductible à une maladie et les valeurs qui me portaient, je pouvais chercher à les partager.

Puis Laurent a croisé mon chemin et nous avons cherché à nous connaître en vérité. Il me fallait me dire tout en respectant ce que Laurent pouvait entendre ou comprendre de cette maladie. Cela signifiait à la fois lui donner les informations concernant ma manière de vivre le Syndrôme d’Ondine mais en même temps le mettre en lien avec des personnes compétentes pour répondre aux questions qu’il pouvait se poser. Nous n’oublierons jamais notre rencontre avec le Dr Strauss qui a pris le temps d’écouter Laurent et de répondre à ses questions! Cette étape fut importante pour permettre à Laurent de me choisir comme épouse et de vouloir faire humblement avec moi le pari de la vie: Et le 30 octobre 2010 nous nous sommes dit oui!

Nous n’ignorions pas l’existence du risque de transmission de cette maladie ni l’énergie que les premières années demandent aux parents …
Nous n’ignorions ni la maladie ni l’énergie que les premières années demandent aux parents; nous savions juste que pour une maladie orpheline, elle était de plus en plus connue, de mieux en mieux accompagnée et qu’au bout de 33 ans de Syndrôme j’étais bien placée pour savoir que l’on pouvait vivre une vie pleine et heureuse !Puis le 22 février 2012, Jean-Paul arrive dans notre vie ! A l’origine de l’heureuse surprise qu’est Jean-Paul, nous avons pesé différentes informations. Une équipe médicale hors paire au CHU de Dijon nous a accompagné et soutenue aussi bien durant la grossesse qu’après l’accouchement. Le service de génétique ainsi que la gynécologue qui m’accompagnaient nous ont transmis toutes les données nécessaires concernant leur connaissance du Syndrôme d’Ondine; de son risque de transmission à leur capacité de prendre en charge un bébé atteint à la naissance.

Et notre petit Jean-Paul, déjà trés pressé de dévorer la vie à pleine dents (il est né en 4 heures !) fut surveillé comme le lait sur le feu ! Puis il se mit à marcher vers 11 mois, commenca assez tôt à parler et bien sûre à manger (c’est mon fils !)

Mais un jour, Jean-Paul compris qu’il lui fallait bientôt partager son croissant car le 8 Janvier 2014 un petit frère arriva : Nicolas Ruedin ! Ni le petit frère ni le grand ne sont porteurs du Syndrôme d’Ondine et tout comme pour Jean-Paul, les premiers mois de Nicolas ont été particulièrement suivis! D’ailleurs ce petit bonhomme ne faisant rien comme son grand frère, s’offrit une opération à son premier mois pour une sténose du pylore puis une autre environ 9 mois après pour retirer un kyste ! Mais il a le caractère pour se défendre de son grand frère et des aléas de la vie car il sait bien râler quand ça ne va pas (entendre par là que l’assiette est finie et le biberon aussi, rien ne va plus !)

Pour la jeune maman que j’étais, il m’a fallu être attentive aux coups de fatigues dûs aux premiers mois et mettre en place des aménagements nécessaires puis au fur et à mesure que les petits grandissent mon syndrôme se glisse plutôt dans le quotidien d’une famille avec 2 petits bonhommes : Quand Jean-Paul repère le chiffre 7 sur la machine de maman, c’est pour savoir quand il peut aller … petit-déjeuner ! Ou Nicolas qui, aimant tout ce qui est doudou, s’aperçoit qu’il ne peut pas tirer sur les foulards de Maman qu’il trouve toujours autour de son cou ! Le technicien qui vérifie ma machine fait l’admiration de Jean-Paul: dès ses 2 ans il lui tourne autour à chaque fois qu’il vient !

Mais souvent je m’aperçois que pour mes fils la machine de maman c’est juste normal. Ainsi quand nous partons en voyage et que nous prenons une chambre familiale, ma machine sert de veilleuse ! Les voyages sont aussi des moments d’intenses réflexions pour Jean-Paul qui du haut de ses 3 ans remarque brillament que son papa n’a pas de machine et en conclu:“Alors les Mamans elles ont toutes des machines et les Papa ils n’en ont pas !“

Jean-Paul va rentrer bientôt à la maternelle et nous envisageons assez sereinement ses prochaines découvertes sur les ‘Papa et Maman des petits copains‘ qui,forcément n’auront pas les mêmes atouts que nous !

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